Blog Hypno6

Un blog sur l'hypnose par un mec qui est trop souvent dehors

18 Sep 25

[Phénomène] [Induction] Boule d'hypnose

Aujourd’hui, on va voir mon induction préférée en rue, une induction des plus classiques, celle que j’appelle la boule d’hypnose, ou encore la main vers le visage. Vous l’avez très certainement déjà vue dans des vidéos d’hypnose de rue, mais mon but dans cet article est de vous donner quelques éléments de langage et différentes histoires à raconter.

Principe

On demande au volontaire de tenir sa main ouverte, paume vers son visage, puis on suggère un mouvement idéomoteur de la main vers le visage. Au moment où la main touche le visage, on effectue une induction. L’hypnotiseur se tient debout derrière le volontaire pour pouvoir le rattraper en cas de chute. La main peut également être tirée vers le visage par l’hypnotiseur.

Histoire de l’induction

En ce moment, à Paris, cette induction est la plus standard pour mettre en transe une personne et est largement plus populaire que l’induction papillon, qui détenait ce rôle à l’époque de street-hypnose.fr. Elle joue ce rôle car elle est très puissante pour mettre les volontaires au sol de façon sécurisée. Si la mise au sol est un sujet qui est controversé selon les écoles, à Paris, c’est un standard de mettre au sol toute personne le souhaitant. Cette induction s’est donc imposée comme solution facile à apprendre pour répondre à cette habitude. Je ne sais pas qui est la première personne ayant popularisé cette induction, c’est Hypnorel qui me l’a apprise.

Démonstration (un peu bancale) de la position à prendre pour cette induction :

  • L’herbe était très sèche, je voulais éviter de l’allonger par terre, on s’en mettait partout.
  • Le volontaire fait partie des rares personnes qui tombent à la verticale. Ça peut être dangereux si on se laisse surprendre, mais mon bras sous son épaule m’a permis de le récupérer en douceur.
  • Dans ce cas précis, il faut également faire attention à la nuque, prolonger la position longtemps peut être très désagréable. Il ne faut pas oublier que quand on est complètement détendu, on peut se mettre dans des positions qui tirent voir peuvent être douloureuses si elle durent.

Qualités de l’induction

Cette induction possède plusieurs avantages :

  • Vous aurez le choix de faire ou non une rupture de pattern.
  • Elle fonctionne aussi bien assise que debout. Dans la version assise, l’hypnotiseur se tient en général devant le volontaire.
  • La position est idéale pour pouvoir rattraper, en sécurité, un volontaire qui s’effondre.
  • Vous aurez ensuite très souvent le choix (si le volontaire est correctement réceptionné !) de garder le volontaire debout ou de l’allonger, également en sécurité.
  • Si le mouvement idéomoteur fonctionne mal, vous pouvez rapprocher la main du volontaire vers son visage vous-même. (Si vous êtes sûr de vous ou si vous voulez explorer, c’est audacieux de tenter une induction si les mouvements idéomoteurs ont du mal à fonctionner. Oui, ça peut arriver, mais c’est rare.)

Inconvénients de l’induction

Cette induction possède quelques inconvénients :

  • Elle n’est pas idéale si vous voulez vous tenir à distance de votre volontaire / s’il n’a pas envie que vous le touchiez. (La version assise de cette induction requiert naturellement moins de contact physique.)
  • Elle produit parfois ce moment gênant où vous sentez que votre volontaire n’est pas sur le point de partir en transe mais que sa main est sur le point de toucher son visage.
  • Dans la version debout, vous êtes derrière votre volontaire pour le retenir, ce qui rend beaucoup plus difficile l’observation, notamment du visage. Enchaîner avec une catalepsie des paupières, par exemple, se fait quasiment à l’aveugle (jeu de mots intentionnel). Juger si la personne est physiquement et mentalement prête à partir peut être difficile.

Histoire et éléments de langage

Lorsque le volontaire est en position, main devant son visage, assez éloignée, et qu’il fixe sa main / un point dans la main, vous pouvez commencer à raconter vos histoires pendant que la main se rapproche. À l’inverse, vous pouvez choisir de ne rien dire. Voici quelques histoires que je raconte à mes volontaires quand je leur fais cette induction.

Ratification et phénomènes physiques

C’est l’histoire que je raconte pour les personnes les plus sceptiques de l’hypnose, avec très peu de vocabulaire mystique et une approche très “physique” de la chose.

Fixe un point dans ta main, au bout de quelques secondes tu vas voir que ta main va commencer à dissocier, c’est pas de l’hypnose, c’est un phénomène naturel. Ça veut dire quoi une main qui dissocie ? Ça veut dire que tu vois ta main, tu peux encore la contrôler… Mais en même temps… C’est un peu comme si la main pouvait se contrôler elle-même, un peu comme si elle avait le droit de rêver. Par exemple, on sait que la main est en train de dissocier quand on a des petits tremblements, de petites pulsations dans les doigts.

Notez le passage de la main qui “dissocie” (terme que je définis comme biologique, aucun rapport avec l’hypnose) à la main qui “rêve”, puis dans le paragraphe suivant à la main “sous hypnose”. Le but est de déduire de façon logique l’hypnose de phénomènes biologiques, idéal pour des personnes qui sont sceptiques.

Et quand ta main est sous hypnose comme ça, elle se dit… “L’hypnose… ça ne se passe pas dans la main, ça se passe où… Dans la tête ! Et à ce moment, quand la main réalise ça, elle commence à se rapprocher du visage.”

Les “…” dans ce passage sont importants pour moi, surtout celui de la question. Parfois les volontaires répondent eux-mêmes à la question, et la main commence d’elle-même à se rapprocher avant que je le suggère explicitement. C’est très bon signe et pas si rare que ça.

Et quand la main se rapproche, l’hypnose, qui au début n’était que dans la main, commence à se propager : dans l’avant-bras, le bras, l’épaule, l’autre épaule, le dos, le torse, le bas du ventre, le bas du dos. Quand ça touche le bas du ventre, ça touche le diaphragme et la respiration ralentit. Puis les jambes, mollets, cuisses, pieds.

Pas grand-chose à dire sur ce passage-là. Quand je suis derrière la personne, je touche généralement ses épaules et bras quand je les mentionne, mais ce n’est même pas obligatoire. J’aime bien dire “et quand ça touche le diaphragme la respiration ralentit” un peu après avoir listé le ventre, pour laisser le temps. Je n’ai pas mis de “…” dans ce paragraphe mais il est assez lent. Juger la bonne vitesse est probablement la partie la plus dure avec cette induction, surtout qu’à ce moment-là vous êtes déjà derrière votre volontaire.

Puis quand ça a fait tout le corps, ça remonte dans la tête, d’abord les muscles autour de la bouche qui se détendent, puis ceux des yeux. À ce moment-là, les paupières clignent de plus en plus vite, c’est pour ça que dans les films on dit qu’on a les yeux lourds. Le champ de vision se floute aussi à cause de la main qui se rapproche des yeux.

Probablement la partie la plus impressionnante pour votre volontaire. On me dit très régulièrement que le moment où j’ai prédit la vision qui se trouble était le plus bluffant. La vision qui se trouble est bien sûr normale, mais ne gâchez pas votre effet “mentaliste” “je lis dans tes pensées” en disant que c’est pareil pour tout le monde. C’est le dernier moment pour votre volontaire avant que sa main touche son front. Votre volontaire se sent partir et, quand l’induction rate et qu’il se relève, il vous dira très probablement qu’à ce moment-là il se sentait quand même partir. Alors c’est pour ça que ce moment est à soigner, voire à étirer si nécessaire.

Encore une fois, ne collez pas trop au texte, puisque si la main se rapproche grâce au mouvement idéomoteur, vous ne maîtrisez pas forcément quand elle va toucher le front.

Pensez également à rajouter, avant ou pendant, ce qu’il se passe quand la main touche le front. Je ne l’ai pas vraiment précisé dans ce script car, en réalité, je le dis souvent en amont ou au tout début. Et petite dernière phrase que je vous donne en cadeau :

T’as remarqué que la tête est la seule chose au monde qui devient plus lourde quand elle se vide ?

Elle est où la boule ??

Oui, parce que j’ai dit que j’appelais le phénomène “boule d’hypnose” mais on n’a pas encore parlé de boule d’hypnose.

Fixe un point dans ta main, et t’imagines que dans ta main on met une boule d’hypnose. Tu sais à quoi ça ressemble une boule d’hypnose ? Moi non plus, chacun imagine son propre truc. Souvent on l’imagine en verre, mais c’est même pas obligé, parfois transparente ou opaque, parfois avec du violet dedans. Tu me dis quand tu l’as.

La description n’est vraiment pas importante, je freestyle dessus à chaque fois, mais c’est important d’attendre que le volontaire ait fini de statuer sur à quoi ressemble sa boule hypnotique.

Cette boule, elle est un concentré 100% pur jus d’hypnose, et elle est en train de contaminer ta main qui rentre en hypnose.

Et la suite, et toute l’histoire autour, peuvent être similaires. Le nom “boule d’hypnose” est une belle image pour parler du phénomène, mais en pratique je ne le trouve pas tant nécessaire. Je pense que je l’utilise selon le feeling que j’ai avec la personne : est-ce que je veux une image et quelque chose de visuel, ou quelque chose de logique ?

Approfondissement

L’approfondissement ne dépend pas vraiment de l’induction, vous pouvez faire quelque chose de classique. En ce moment, j’aime bien mettre un doigt sur le front de mes volontaires une fois induits : ça leur donne un point sur lequel se concentrer, ça rajoute un petit côté mystique et ça peut aider pour certains phénomènes.

Quelques conseils

  • Souvent, une main qui se rapproche vite est synonyme d’une personne rentrant rapidement en transe, mais ce n’est pas toujours le cas. L’expérience vous fera voir des personnes dont la main se rapproche trop vite pour qu’elles aient le temps de rentrer en transe, ou trop lentement, et elles risquent alors de s’ennuyer et de se perdre dans leurs pensées. Dans ce cas, n’hésitez pas à tenir ou retenir leur main pour gérer sa vitesse. Attention : si vous rapprochez la main de votre volontaire, mentionnez-le ! Sinon, on va vous traiter de tricheur·se.
  • Quand la main s’arrête soudainement de se rapprocher à quelques centimètres du visage, vous pouvez appuyer légèrement dessus. Si vous sentez une résistance, attention également, c’est un red flag ! Cela provient très souvent d’une résistance consciente ou inconsciente de votre volontaire. À chaque fois que j’ai forcé quand même, j’ai soit échoué, soit regretté. Il n’y a aucune honte à dire que vous sentez une résistance et à proposer d’arrêter, de demander : “Qu’est-ce que tu as ressenti ?”, etc.
  • Comme je l’ai dit, vous pouvez garder la personne debout si elle arrive à garder ses jambes un peu rigides (pas comme dans la vidéo, oops !). Dans ce cas, ne faites jamais plus d’un pas en arrière. Chaque degré d’inclinaison qu’aura votre volontaire rendra sensiblement plus dur le fait de garder la position stable et sans forcer. Plus vous restez droit, plus rester dans cette position sera simple. Faites un seul pas de plus vers l’arrière, et vous verrez à quel point tenir la position devient incroyablement plus difficile !
  • Prévenez votre volontaire quand vous passez votre bras sous le sien, dites-lui pourquoi, ça rassure. La posture est très proche, alors ne soyez pas creepy et restez élégants.
  • Quand vous faites glisser le volontaire de votre torse vers le sol, faites attention au t-shirt qui peut remonter.
  • Dans la position de départ, la main du volontaire est à environ 45° en hauteur, pour que la gravité, plus la détente, la rabaisse devant les yeux et non en dessous.

Conclusion

Que vous soyez pour ou contre les mises au sol, pour ou contre les ruptures de pattern, cette induction est un must à savoir faire. Elle est également très facile et je la recommande chaudement comme première induction debout, qui, comme toutes les inductions debout, court le risque que la personne s’effondre même si on lui a demandé de rester debout. Et elle a le bon goût de retenir efficacement les volontaires en cas de chute surprise. Glissez bien la main sous l’aisselle, rattrapez droit avec le torse, et le volontaire est en parfaite sécurité !